Nous refusons que des vies déjà fragilisées soient sacrifiées sur l’autel de stratégies à courte vue, de réactions médiatiques et de calculs électoraux. Nous refusons que des décennies d’expertise, de savoir-faire et de principes éprouvés soient balayés au profit d’une politique qui confond contrôle et solution, visibilité et réalité, pauvreté et dangerosité.
Depuis plusieurs mois, les décisions municipales et cantonales touchant le bas-seuil, l’hébergement d’urgence, la grande précarité et l’addiction sont prises sans concertation réelle avec celles et ceux qui travaillent quotidiennement auprès des personnes concernées. Les institutions subventionnées, bien qu’indispensables, se trouvent muselées par leur dépendance financière. Leur silence n’est pas un signe d’adhésion, mais la conséquence d’un rapport de force qui les empêche de s’exprimer contre les orientations répressives imposées. Face à cela, notre collectif syndical, ancré dans la réalité du terrain et portant la voix des intervenant·e·x·s, affirme clairement que les professionnel·le·s du bas-seuil ne soutiennent pas la direction actuellement prise par la Ville. Nous refusons que nos métiers et nos valeurs soient instrumentalisés pour servir un agenda de tri, de contrôle et d’exclusion.
Lausanne, comme le Canton, font face à des enjeux sérieux : augmentation de la précarité, fragilisation psychique, risques de scènes ouvertes, tensions dans l’espace public, augmentation du sans-abrisme. Mais la réponse mise en place — multiplication des contrôles, évictions, pressions policières et déplacements forcés — est dangereuse, inefficace et contraire aux principes fondamentaux de la santé publique. La répression ne fait que repousser les personnes dans l’ombre, couper les liens de confiance, accroître les risques sanitaires et rendre l’espace public plus instable encore. On ne combat pas la toxicomanie en harcelant les consommateur·rice·s, pas plus qu’on ne combat la précarité en pourchassant les pauvres. Une ville ne devient pas plus sûre lorsque ses habitants les plus vulnérables sont rendus invisibles et indésirables.
La décision municipale de financer vingt postes[1] équivalent plein temps, dédiés à la répression, est un signal politique clair : investir dans le contrôle plutôt que dans le lien, dans la dissimulation plutôt que dans l’accompagnement, dans la force plutôt que dans le soin. Ce choix survient alors même que le travail social, la santé communautaire et l’ensemble des métiers du care souffrent de sous-financement structurel. Le bas-seuil, comme d’autres segments du champ social, est traité depuis des années comme le parent pauvre d’un système qui réduit la vulnérabilité humaine à des coûts superflus. Les publics précarisés suscitent moins de considération politique et moins de sympathie que d’autres publics, et c’est précisément pour cela que les dispositifs qui les protègent devraient être renforcés en priorité. Que la Ville puisse soudain dégager vingt équivalents plein temps pour un dispositif répressif révèle un paradoxe politique majeur : les moyens existent lorsque la finalité est le contrôle, mais disparaissent quand il s’agit de soin, de prévention ou d’accompagnement. Nous demandons que ces ressources — au moins équivalentes — soient investies dans l’accompagnement de proximité, dans l’accès au logement, au soin, à des espaces sanitaires et de consommation, ainsi que dans le renforcement des équipes sociales là où elles agissent avec efficacité et humanité.
Le bas-seuil, pilier essentiel de la réduction des risques, repose sur un principe non négociable : l’accueil inconditionnel. L’accès doit être universel, immédiat, sans justificatif, sans prérequis, sans domicile, sans identité à prouver. Imposer des critères d’admission, des enregistrements, des documents administratifs ou l’établissement de registres revient à instaurer un fichier des pauvres, un registre des indésirables. C’est une faute éthique majeure et un contresens pratique absolu, incompatible avec les réalités de la rue et des trajectoires de vie marquées par l’instabilité et l’exclusion. La réduction des risques fonctionne parce qu’elle accueille sans condition ; la restreindre revient à la détruire.
Les professionnel·le·s du bas-seuil sont engagés, formés, experts. Ils et elles connaissent les réalités, les parcours, les souffrances et les ressources des personnes qu’ils accompagnent. Leur imposer des missions de tri, d’éviction, de renvoi ou de contrôle est contraire à leur déontologie, contraire aux preuves scientifiques et contraire à tout ce qui fonde leur pratique. C’est dévaster le lien fragile et vital qui permet chaque jour de prévenir des drames, de maintenir la survie, de stabiliser des personnes, d’ouvrir des portes. Le travail social ne peut pas devenir un instrument de gestion sécuritaire sans perdre son sens et sa légitimité.
Nous appelons les responsables politiques, en particulier celles et ceux se réclamant du progressisme, de l’humanisme, des valeurs de gauche, à renouer avec les principes fondamentaux de solidarité et de justice sociale, à refuser les dérives sécuritaires et les réflexes répressifs dictés par la pression médiatique.
Nous appelons les professionnel·le·s, associations, institutions et lieux de formation à prendre position publiquement pour défendre la réduction des risques, l’accueil universel et les fondations mêmes du travail social.
Nous appelons enfin les citoyennes et citoyens à refuser la stigmatisation et à défendre une politique humaine, responsable, fondée sur l’expertise et non sur la peur.
Nous appelons ces personnes, ces collectifs, toutes les personnalités publiques et toutes celles et ceux qui refusent une société fondée sur l’exclusion à reprendre, soutenir et relayer cet appel, afin qu’il résonne largement et qu’il contribue à inverser une dynamique dangereuse pour la santé publique, la cohésion sociale et la dignité humaine.
La répression n’a jamais résolu la pauvreté. L’exclusion n’a jamais soigné une addiction. La stigmatisation n’a jamais rendu une ville plus sûre. Nous demandons l’arrêt immédiat de cette politique punitive, l’ouverture d’un dialogue réel et la construction de solutions durables fondées sur la connaissance, l’expérience et la solidarité.
Le Collectif Bas-Seuil Vaud restera mobilisé, déterminé et présent.
[1] 24heures, 24 novembre 2025 «Il n’y a plus un chat» sur la place de la Riponne
Les professionnel·le·s sont invité·e·s à ajouter leur signature à cet appel en écrivant à
Ont signé cet appel :
[état au 10 décembre 2025]
Signataires institutionnels / collectifs
Sleep In
Solidarités Vaud
Grève féministe
Association APPE
Association Solid-ère
Droit de Rester
Medecins du Monde Suisse
la demeure
SolRosa Lausanne
Collectif syndical du BAP - Département cantonal de la santé et de l'action sociale
Collectif intersyndical du Département de la santé et de l'action sociale
Coraasp (Coordination romande des associations d'action pour la santé psychique)
GREA - Groupement Romand d’Etudes des Addictions
Association La Valencienne
Contre attaque et Autonomie
Association vaudoise pour la Sauvegarde du Logement (AVSL)
Signataires individuel·le·x·s:
Agnès Aubry, MER, UNIL, CRAPUL, IEP, SSP.
Maude Reitz, adjointe scientifique, Observatoire des précarités (HETSL)
Lucile Franz, professeure HES associée, HETSL
Karine Clerc, maître d’enseignement et de recherche (HETSL)
Yuri Tironi, professeur associé (HETSL)
Aris Martinelli, docteur chargé de recherche (HETSL)
Ann Tharin, Maître d’enseignement et responsable de formations postgrades (HETSL)
Joëlle Luisier, Maître d'enseignement et de recherche (HETSL) & Sleep In
Hélène Martin, professeur HES ordinaire (HETSL)
Jean-Pierre Tabin, professeur honoraire (HETSL)
Justine Klay, assistante sociale, Service de médecine des addictions du CHUV
Carla Reis, infirmière travaillant hors-murs
Emmanuel Jung, Sleep In
Deborah Willommet, Sleep In
Coline Wileczelek, Sleep In
Marie Crittin, Sleep In
Romain Mouron, Sleep In
Berenice Mannello, Sleep In
Elodie Tavel, Sleep In
Valentin Gross, Sleep In
Davide Alberico, Sleep In
Yannick Hénaff, travailleur social
Mélina Chappuis, intervenante sociale, Soupe Populaire
Clara Viani, intervenante sociale, Soupe Populaire
Coline Graf, intervenante sociale, Soupe Populaire
Maude Rust, intervenante sociale, Soupe Populaire
Giada Junghi, intervenante sociale, Soupe Populaire
Benjamin Zollinger, intervenant social, Soupe Populaire
Mathilde Vandenheede, Fondation ABS
Gaspard Langone, Fondation ABS
Anel Basic, Fondation ABS
Dario Larrey, Fondation ABS
Emmanuel Verhamme, Fondation ABS
Vincent Artison, Fondation ABS
Marion Wittwer, Fondation ABS
César Garcia Salvatierra, Fondation ABS
Neal Hagen, Fondation ABS
Sébastien Ricou, Fondation ABS
Laurent Pilloud, Fondation ABS
Jessica Lepri, Fondation ABS
Francis Grandvoinnet, Fondation ABS
Bilal Elhaouari, Fondation ABS
Alice Monot, Fondation ABS
Anaïs Despland, Fondation ABS
Marie Magnenat, Fondation ABS
Patrick Bergier, Fondation ABS
Jaromir Tritten, Fondation ABS
Fabrice de Joffrey, Fondation ABS
Fernand Rodrigues, Fondation ABS
Stéphane Moelo, Responsable de l'Antenne, Fondation ABS
Maxime Bourg, Fondation ABS
Jean-Marie Binga, Fondation ABS
Valérie Rimbault, Fondation ABS
Laurie Jampen, Fondation ABS
Séverine Favre, infirmière, Fondation ABS
Océane Forster, Fondation ABS, Fondation les Oliviers
Jessica Wylie, Fondation les Oliviers
Luke Wylie, Fondation les Oliviers
Sophie Reymond, Fondation les Oliviers
Ella Dupraz, Fondation les Oliviers
Odile Piolino, Fondation les Oliviers
Silvia Bianchi, Fondation les Oliviers
Sabrina Magnin, Fondation les Oliviers
Caroline Bolay, Fondation les Oliviers
Malika Girardet, Fondation les Oliviers, Droit de Rester
Romain Bach, GREA, Lausanne
Camille Robert, GREA, Lausanne
Antoinette Teuscher, intervenante sociale, Macadam
Benjamin Grether, intervenant social, Macadam
Nikita Pitt, intervenante sociale, Macadam
Pierrick Locatelli, intervenant social, Macadam
Usue Sanchez, intervenante sociale, Macadam
Elisa Niedermayr, intervenante sociale, Macadam
Yves Berger, intervenant social, Macadam
Marine Chapatte, la demeure
Pauline Castelli, la demeure
Gab Rupp, la demeure
lihuen Fallu Constantin, la demeure
Achille Barras, la demeure
Mélanie Soares Dias, travailleuse sociale hors murs, Rel'aids
Patricia Fontannaz, travailleuse sociale hors murs, Rel'aids
Julien Chapuis, Travailleur social hors murs, Rel'
Sarah Bell, travailleuse sociale hors murs, Rel'Aids
Arnaud Burkhalter, Infirmier, CHUV
Alexandre Croisier, Psychologue et intervenant social, Association APPE
Julie Maillard, intervenante sociale, association APPE
Théo Delacroix, Psychologue, association APPE
Yasmina Beun, stagiaire psychologue et intervenante sociale. Association APPE
Malick Gehri, Médecins du Monde Suisse
Araiedh Jalel, médecin, CHUV
Jerome Lebon, collectif Droit de Rester
Myriam Schwab Ngamije, Travailleuse sociale, La Fraternité - CSP Vaud
Dimitri Difonis, intervenant social ass. APPE / Sleep In
Thaís Correvon de Lima, Psychologue, Association APPE
Dragos Tara, INIZIO Osteo Vaud
Morgane Ischer, médiatrice culturelle
Bertrand Guglielmazzi, Solidarité Handicap Mental
Aline Favrat, membre du Collectif Droit de rester
Basile Despland, enseignant, École de l’Accueil
Sandra Jamet, Cour de l’Avenir
Amélie Guignard Jimenez, Cour de l’Avenir
Raphaël Despland, Décroissance Alternatives et Cour de l’Avenir
Marco Motta, professeur FNS, Institut des Sciences Sociales, UNIL
Mathilde Marendaz, Députée au Grand Conseil, chercheuse sur la prison
Giuseppe Lo Piccolo, psychothérapeute
Pauline Muheim, La Graille
Elliott Messeiller, Décroissance Alternatives
Christine Mayor
Ida Teich
Galatée Parrillis
Fanny Roduit, Association des habitant.exs et usager.sx Riponne -Tunnel
Cyril Gros, Conseiller communal décroissance alternatives, Vevey
Elise Magnenat, Pôle Sud, Lausanne
Alicia Blanvillain, Médecins du Monde Suisse
Joëlle Hischier, Département de la santé et de l'action sociale - État de Vaud
Flora Bandini
Anaïs Monod, Intervenante sociale, Solid-ere
Jérémy Gigon, Pôle Sud, Lausanne
Megane Lederrey, Ligue Suisse des Droits Humains - VD
Valentine Lasserre
Stéphane Michel, Travailleur social EMUS
Justine Duay, Jardin aux 1000 mains, Lausanne
Chloé Schäublin
Laurent Bertholon, infirmier EMUS
Chiara Pioletti, Intervenante sociale, association Fleur de Pavé
Yuma Querzoli, intervenante sociale, association Fleur de Pavé
Olivier Bujard
Arthur Favre
Coralie Jotterand
Céline Grobet
Paloma Casot
Sarah Monnard, Collectif syndical DSAS-BAP
Laila Marchini
Oxana Mroczek, psychologue, solidaritéS Vaud
Niels Clivaz
Grégoire Mottet, SolidaritéS
Olivier Dorsaz, association des familles du quart monde (AFQM)
Cindy Pochon, association des familles du quart monde (AFQM)
Jeanne Joliat
Aglaée Stroun
Sophie Devanthéry
Jean-Marie Oppliger, responsable de projet, Médecins du Monde
Alicia Blanvillain, Infirmière, Médecins du monde
Valentin Augsburger
Julien Meyer, Association Les Lents
Franziska Gruhl, Infirmière, Médecins du Monde
Nicole Niederberger, référente santé, Médecins du monde.
Hortense Devalière, responsable de programmes, Médecins du monde
Maxime Verger, Responsable Support de programmes, Médecins du Monde
Benoît Schmidlin, Chargé de programmes junior, Médecins du Monde
Bruno Christe, infirmier, Médecins du Monde
Daniel Muhire Runanira, Medecins du Monde
Raphaël Despland, La Cour de l'Avenir et da. Corsier
Lore Rinsoz
Giulia Barone
Nina Noverraz, infirmière
Karine Guignard
Inès Le Grix
Roberta Battaglia, éducatrice sociale
Ella Zaugg
Marie Felli
Ludivine Barro
Elise Barras
Faye Corthésy
Mathilda Olmi
Myriam Olmi
Matteo Marchi
Dihnka Lidureau, association des familles du Quart monde (AFQM)
Micaela Alves, association des familles du Quart monde (AFQM)
Cécile Augsburger
Aude Renaud
Sandra Goetschmann
Ameira Puippe, association des familles du Quart monde (AFQM)
Adama
Gilles Noble, impulsion, Fondation le Relais
Aurelie Debluë, Magelan, Fondation le Relais
Pauline Grosset, Asemo, Fondation le Relais
Marion Scott, Relais Contact, Fondation le Relais
Olivier Grâce, SPI, Fondation le Relais
Noé Richard, les Ateliers, Fondation le Relais
Joachim Guex, coordinateur social, AVSL
Simon Dubois, coordinateur social, AVSL
Gilles Perfetta, employé d'association à Lausanne, ancien conseiller communal à Vevey
