Le Conseil fédéral a adressé au Parlement le programme d’austérité prévoyant des coupes gigantesques dans les dépenses de la Confédération (2,7 milliards de francs en 2027, 3,6 milliards en 2028). Ce programme touchera aussi le domaine de la formation, de la recherche et de l’innovation (FRI), avec des coupes prévues de 460 millions par an, notamment par la réduction des subventions aux EPF, aux universités cantonales et aux HES. Le «message FRI» voté par le Parlement fédéral prévoit certes des crédits d’engagement de 29,2 milliards pour la période 2025- 2028, mais il ne s’agit que d’un plafond de dépenses, qui peut très bien être diminué.
Il est prévu de réduire le budget du FNS de 139 millions l’année prochaine, ce qui correspond à 700 projets et 2000 emplois. De plus, les mesures de soutien à la relève académique, conquises à la suite de notre mobilisation nationale de 2021, seront également abolies, notamment celles concernant les «contributions liées à projets» (PgB). Les Cantons ne compenseront pas les pertes subies par le niveau fédéral. Ils sont déjà engagés dans des politiques d’austérité et cherchent à réduire leurs impôts dans la course à la sous-enchère fiscale. Dans le canton de Vaud, le gouvernement a contraint l’Université à économiser 4 millions de francs dès cette année, alors que l’initiative patronale visant une réduction des impôts de 12% doit être bientôt soumise au vote. À l’UNIGE, les économies s’élèvent à 20 millions sur la période 2024-2027, tandis qu’à l’UNIFR, elles atteindront 10 millions en 2027.
Pour compenser les pertes, certaines universités pourraient vouloir augmenter les frais de scolarité. La stratégie consiste à réduire le financement des universités par l’impôt progressif, pour augmenter la part des dépenses à la charge des usagers·ères. Cette politique est déjà en route: les EPF et la HES-SO ont augmenté les taxes d’études. Simultanément, les subventions pour la relève scientifique, en particulier les bourses de mobilité pour doctorant·e·s, diminuent. La fin des bourses Doc.Mobility du FNS en 2020 n’a pas été complètement compensée par les universités, aggravant ainsi la précarité professionnelle et les perspectives de carrière des jeunes chercheur-euse-s. Le Parlement fédéral se prononcera cet automne sur ce programme de coupes. Des événements sont d’ores et déjà prévus par les syndicats, les organisations étudiantes et les associations du corps intermédiaire des hautes écoles. Sans mobilisation large du monde académique, il sera impossible d’échapper à ces coupes. Les conséquences de ce programme d’austérité se feront sentir pendant des années et dégraderont durablement les conditions de travail et d’études dans tous les établissements.
Prises de parole lors du rassemblement de mobilisation le 5 mai à l’Université de Lausanne
«Le Conseil fédéral s'attaque à la recherche»
Léa Ziegler, secrétaire syndicale SSP
Alors que nos collectivités publiques disposent de 120 milliards de capitaux propres, le Conseil fédéral attaque les prestations publiques, en particulier la formation et la recherche. Une coalition réunissant une trentaine d’organisations, des étudiant·es, des chercheur·euses et des salarié·es des hautes écoles de Neuchâtel, Vaud, Genève, Fribourg et Bâle, s’est réunie autour d’une résolution commune et l’a envoyée au Conseil fédéral.
Si nous avons décidé de passer à l’offensive, c’est parce qu’en plus d’être touché·es comme l’ensemble de la population par la dégradation des prestations publiques, la formation et la recherche perdraient 460 millions de francs par an, ce qui impliquerait :
– Une réduction du financement des hautes écoles de près de 200 millions de francs par an, compensée par un doublement des taxes d’études, et un quadruplement pour les étudiant·es de l’étranger.
– La réduction de la contribution du FNS à la recherche de près de 140 millions de francs, donc des suppressions massives de projets de recherche et de postes de chercheur·euses.
– La suppression de 30 millions de francs de contributions fédérales pour des programmes sur la relève académique, l’égalité des chances, la durabilité, etc. Le Conseil fédéral s’attaque à la re- cherche, et pousse à opérer une discri- mination économique xénophobe entre étudiant·es, en réduisant encore la possibilité d’accès à la formation supérieure.
«Nous faisons le pari de la lutte»
Matis, étudiant, association UNIPOLY (UNIL-EPFL)
Au mépris de la jeunesse et pour faire des cadeaux aux plus riches, là où 82% des étudiant·e·x·s travaillent à côté de leurs études, le rapport Gaillard nous montre une nouvelle fois que les politiques se fichent de ce que vit la population, et notamment les plus précaires, en préconisant l’augmentation des taxes d’étude.
À l’heure des saluts nazis et des groupes identitaires véreux et sans impunité qui rôdent sur les réseaux et dans nos rues, cette réforme chassera les étudiant·e·x·s extracommunautaires des hautes écoles. Nous sommes antiracistes et refusons que les étudiant·e·x·s non suisses soient de plus en plus marginalisé·e·x·s. Nous sommes anticapitalistes et refusons que l’on fasse du profit sur le dos des plus démuni·e·x·s. Nous faisons le pari de la jeunesse en refusant que notre université soit hors de prix et en revendiquant des conditions d’étude et de recherche dignes. Nous faisons le pari de la lutte parce que les rues comme les universités nous appartiennent.
«Logique d'utilisateur-payeur»
Zélie, doctorante
Le corps intermédiaire sera encore plus précaire si le programme d’allégement budgétaire 2027 est accepté. La diminution de la subvention du FNS de 10% entraînera la suppression de 700 projets de recherche entre 2026 et 2028, ce qui signifie le non-renouvellement de quelque 2'000 postes dans les hautes écoles.
Sur le long terme, nous risquons la suppression du financement de la recherche et de l’enseignement universitaires pour laisser place à un système où les étudiant·es doivent financer leurs études, et où les chercheur·euses doivent en partie autofinancer leurs recherches. Cette logique d’utilisateur-payeur aurait pour conséquence d’augmenter les inégalités dans la société, tout en nuisant aux conditions de travail dans le monde académique. En effet, devoir rester compétitif-ve en participant à des colloques et en publiant des articles constitue une somme de travail considérable invisible sur le cahier des charges.
«Pour une éducation émancipatrice et gratuite»
Robin Augsburger, doctorant, militant SUD-EP
Le monde académique fait face depuis des années à des attaques contre le savoir critique, la recherche fondamentale, les libertés démocratiques et politiques au sein des établissements. Ces mesures d'austérité s’inscrivent dans ces vagues répressives.
Ce plan ne coupe pas partout : ni dans la police, ni dans le SECO, ni dans les frontières, ni dans les contributions à Frontex. Les mesures visent à couper dans le social, l’éducation, l’environnement, l’égalité, pas par efficacité économique, mais bien pour financer un projet militariste, pour renforcer une armée qui ne sait pas ce qu’elle fera de cet argent.
C’est une lame de fond qui concerne toute la société, et si on n’élargit pas le mouvement, nos victoires risquent d’être payées par d’autres secteurs.
Il faut assumer la rupture avec les logiques capitalistes, nationalistes et militaristes, pour une éducation accessible, démocratique, émancipatrice et gratuite.
«L’absurdité du travail pour rien»
Marc Perrenoud, MER, SSP Vaud
En tant que chercheurs·euses titularisé·es, nous sommes déjà très fortement mis·es en concurrence pour les financements de projets de recherche. Les coupes vont encore réduire les chances de voir des projets soutenus et nous contraindre à élaborer des projets toujours plus lourds et complexes, tout en sachant que trois fois sur quatre ils seront refusés. Toute l’absurdité du travail pour rien systématisé. Plus grave, cela réduira drastiquement les postes de doctorant·es et postdocs que nous engageons sur ces projets, ce qui affaiblira la relève académique.
Textes parus dans la Lettre d'information des hautes écoles no 27 (juin 2025).
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