À l'UNIL: coupes à tous les étages

À l’Université de Lausanne, la direction et les décanats ont visiblement décidé d’accompagner avec un zèle préoccupant la politique austéritaire décidée par le canton de Vaud. L’association du corps intermédiaire et des doctorant·es de l’UNIL (ACIDUL) a publié peu avant la rentrée académique une liste des coupes décidées par les différentes facultés.

La première version de ce texte ne correspondait pas exactement aux décisions prises par certaines facultés. En FTSR, les conséquences de la suppression du Centre interfacultaire de recherche en éthique pour ses salarié-es ne sont par exemple pas encore connues. Le décanat de la FGSE nous a également indiqué avoir choisi, comme d’autres facultés, de retarder les nominations après des départs à la retraite. Le texte ci-dessous tient compte de ces nouvelles informations.


Le tableau général est inquiétant, montrant une liste étendue de dégradations à la fois des conditions de travail et d’études.

Dans le même temps, il semble que les décanats cherchent par tous les moyens à faire croire que ces coupes pourraient passer inaperçues, préparant par la même occasion des coupes futures, en particulier en cas d’acceptation de l’initiative patronale demandant des cadeaux fiscaux pour les plus riches contribuables du canton. Les facultés ont dû couper 2% dans leurs dépenses cette année, on peut imaginer l’am- pleur des dégâts si les rentrées fiscales de l’État baissaient de 12%, comme l’initiative le demande.

Voici quelques-unes des coupes les plus significatives.

1ère salve : modification des contrats

Plusieurs facultés ont décidé de réduire le taux d’engagement de certaines fonctions, notamment la Faculté des SSP qui n’engagera les premiers·ères assistant·es qu’à 80% dorénavant. HEC, qui finançait jusqu’à maintenant une 5e année de contrat pour les doctorant·es FNS, a mis fin à cette mesure.

Ces décisions affectent à la fois les conditions de travail et le salaire. De plus, elles exerceront leurs effets sur des personnes en début de carrière, compte tenu des fonctions concernées.

2e salve : gel des postes

En Faculté de biologie et médecine (FBM), en HEC, en Faculté des géosciences et de l’environnement (FGSE), en Lettres et en SSP, les départs à la retraite ne seront pas remplacés immédiatement, les enseignements étant dans l’immédiat remplacés par des charges de cours.

Ces mesures, qui peuvent paraître « indolores » puisqu’elles n’affectent aucune personne actuellement en poste, ont en réalité des effets désastreux si elles se prolongent et concernent un nombre important de postes. En effet, les enseignant·es dont les postes ne sont pas repourvus effectuent quantité de tâches diverses au sein des équipes de recherche et des instituts, qui par conséquent vont se reporter sur les collègues en poste. Ces mesures d’économie ont des conséquences en cascade sur tout le personnel, en particulier dans de petites unités.

3e salve : suppression de postes

Le gel des recrutements s’accompagne également dans plusieurs facultés de la suppression pure et simple de postes. En HEC, la moitié des charges de cours va disparaître, réduisant d’autant les cours proposés aux étudiant·es. La Faculté des Lettres a choisi une option différente en décidant de remplacer certains postes par des charges de cours au départ des titulaires au lieu de les remettre au concours au même niveau. Les suppressions de poste touchent aussi les assistant·es-étudiant·es. La Faculté des Lettres a décidé de diviser par deux leur nombre, alors que HEC va réduire la durée de leur contrat de 12 à 9 mois en arrêtant de les financer hors des périodes de cours.

De manière générale, ces décisions vont limiter l’offre de cours pour les étudiant·es, augmentant mécaniquement les effectifs des autres enseignements et reportant donc la charge de travail sur les collègues en place.

Les suppressions de poste ne concernent pas seulement l’enseignement. La FGSE a en effet décidé de supprimer le poste du diversity officer, et la Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique (FDCA) celui de equality officer. Par ailleurs, sur décision de la Direction de l’UNIL, la Faculté de théologie et de science des religions (FTSR) verra la disparition du centre interdisciplinaire en éthique.

4e salve: dégradations des conditions d’études

D’autres décisions affectent directement la qualité des études proposées à l’UNIL. La FBM a par exemple décidé de limiter l’encadrement des étudiant·es et de réduire le nombre d’enseignements qui leur sont proposés. La FGSE et la FTSR imposeront aux enseignant·es une charge d’enseignement plus élevée pour compenser les postes non renouvelés, limitant d’autant le temps dont les enseignant·es disposent pour encadrer et accompagner les étudiant·es. Dans toutes les facultés, les cours ou séminaires optionnels sont réduits, limitant les choix des étudiant·es.

Ces décisions décanales vont affecter tous les corps de l’université, et même si certaines des mesures ne devraient être que temporaires, leurs effets seront durables. Elles remettent en cause, sans surprise, plusieurs avancées obtenues ces dernières années à l’UNIL. Le recours de plus en plus massif aux charges de cours en est l’exemple le plus flagrant, comme la tentation d’abaisser les taux d’engagement. Rappelons enfin que les mesures prises pour 2026 non seulement seront maintenues en 2027, mais seront probablement aggravées.

On trouvera la liste complète des coupes par faculté sur le site d'Acidul.

Texte publié dans la Lettre Info Hautes Écoles no 30 (septembre 2026).