Mobilisation et premières démarches politiques
Constitué à l'automne dernier au sein du SSP, le collectif syndical bas-seuil réunit déjà un large éventail de travailleur·euse·x·s engagé·e·x·s dans les dispositifs liés à la grande précarité et s’impose comme un interlocuteur incontournable sur le terrain : hébergement d'urgence, espaces de consommation sécurisés, accueil social, intervention hors murs, distribution alimentaire et prestations d'urgence. Cette structuration rapide n'est pas le fruit du hasard : elle traduit une colère professionnelle réelle, longtemps contenue, face à des orientations politiques qui remettent méthodiquement en question les fondements mêmes du travail bas-seuil.
Le secteur est aujourd'hui soumis à une pression croissante. Deux piliers sont directement visés : la réduction des risques d'une part, l'accueil universel et inconditionnel de l'autre. Pour les travailleur·euse·x·s du terrain, il ne s'agit pas de débats abstraits. Ce sont des reculs concrets, aux conséquences immédiates sur la santé, la dignité et les conditions de vie des personnes les plus exposées.
Une première rencontre constructive avec la Ville de Lausanne
Dans ce contexte, une rencontre a eu lieu avec la Municipalité de Lausanne, en présence de Mme Moeschler, conseillère municipale en charge de la cohésion sociale. Sollicité par le collectif, cet échange a été d'une qualité remarquable. La conseillère municipale s'est montrée pleinement à l'écoute des réalités du terrain, manifestant une compréhension claire des enjeux et une volonté d'engager un dialogue authentique avec les travailleur·euse·x·s concerné·e·x·s. La Municipalité a reconnu sans détour la nécessité de sortir d'une gestion purement réactive des situations d'urgence — ce qui constitue, en soi, une avancée significative.
Le collectif a formulé une proposition concrète : la création d'une instance de coordination stratégique, sous forme de plateforme partenariale dédiée aux politiques bas-seuil. Cette instance associerait le SSP, une délégation de travailleur·euse·x·s issu·e·x·s des terrains, ainsi que d’autres acteur·rice·x·s expert·e·x·s de premier plan. Son rôle serait d'intervenir en amont des décisions opérationnelles, pour permettre une élaboration concertée des orientations politiques plutôt que de n'en gérer que les effets.
La réceptivité de la conseillère municipale à cette proposition est encourageante. Des échanges doivent encore avoir lieu entre le collectif et la Municipalité afin d’examiner les implications et la place que pourrait prendre cette plateforme dans l’architecture existante. Mme Moeschler a toutefois souligné la nécessité de poursuivre cette réflexion. Une séance est agendée en juin pour en préciser les contours.
Le SSP salue vivement cette ouverture et y voit un moment charnière. Elle offre la possibilité de dépasser des dynamiques d’opposition pour engager une construction réellement concertée des politiques publiques, à la hauteur de la complexité des enjeux. À cette condition, un cadre de travail associant pleinement les acteur·rice·x·s de terrain pourrait ouvrir des perspectives véritablement novatrices, fondées sur un socle commun : la préservation de la vie, de la dignité des personnes et un espace public apaisé et solidaire.
Le Collectif interpelle également les autorités cantonales
En parallèle, le collectif a engagé une démarche auprès des autorités cantonales. Les préoccupations portent notamment sur l’arrêt abrupt du programme cantonal de distribution et d’échange gratuit de matériel stérile, une mesure de santé publique dont l'efficacité est établie de longue date, dont la restriction, entrée en vigueur le 1er janvier, a déjà produit des effets délétères sur le terrain.
Les risques sont documentés et sérieux : infections, dispersion de déchets liés à la consommation dans l'espace public, rupture du lien social avec des populations déjà fortement marginalisées, augmentation des tensions, des violences et du risque épidémique. Présentées sous l'angle d'économies budgétaires, ces orientations produisent en réalité des coûts humains, sanitaires et sociaux sans commune mesure avec les montants prétendument économisés. Elles fragilisent une approche — la réduction des risques — qui a pourtant démontré, sur la durée, sa pertinence tant en matière de santé publique que de cohésion sociale. Revenir dessus n'est pas une mesure de gestion rationnelle : c'est un choix politique déconnecté des réalités.
Dans ce contexte, le collectif dénonce avec la plus grande fermeté cette décision, qui va à l’encontre des connaissances établies et des pratiques reconnues en matière de réduction des risques. Il propose également la mise en place d’un espace de concertation à l’échelle cantonale, associant le SSP et une délégation d’acteur·rice·x·s de terrain, afin de permettre une élaboration des orientations en amont, fondée sur l’expertise professionnelle et une connaissance fine des réalités du terrain. Ces éléments ont été formellement adressés au médecin cantonal. Le Collectif est, à ce stade, dans l’attente de sa réponse.
Une démarche revendicative et constructive : les autorités vont-elles être à la hauteur des enjeux ?
Face à ces enjeux, le collectif syndical a délibérément choisi une posture constructive sans être complaisante. Les problématiques liées à l'exclusion, à la grande précarité et aux consommations ne se traitent pas par des réponses simplistes ni par des arbitrages de court terme dictés par des impératifs électoraux ou comptables.
Elles exigent une élaboration fondée sur l'expertise de celles, ceux et celleux qui font fonctionner les dispositifs au quotidien et accompagnent les personnes concernées. Elles supposent aussi une capacité politique à penser dans la durée, au-delà des pressions immédiates.
C'est dans cette perspective que le groupe syndical poursuit son engagement : défendre des politiques publiques cohérentes, efficaces et respectueuses des principes qui structurent le champ du bas-seuil — non par idéalisme, mais parce que l'expérience démontre que ce sont les seules qui fonctionnent.
