Une offensive pour des salaires dignes

de: Services Publics

Les syndicats et la gauche lancent une initiative visant à fixer un salaire minimum cantonal. Questions à Gabriella Lima, syndicaliste chez Unia, membre du parti solidaritéS et coprésidente du comité de lancement.

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Pourquoi fixer un salaire minimum dans la Constitution vaudoise ?

Gabriella Lima : En Suisse, près 20% des salarié·e·s à temps plein n’arrivent pas à vivre de leur revenu. Dans un des pays les plus riches du monde, une telle situation est inacceptable. Le premier objectif de notre initiative est donc de lutter contre la pauvreté et d’améliorer la situation des salarié·e·s les plus précaires.

En Suisse, le droit du travail est rachitique et protège très peu les employé·e·s. En revanche, il accorde un pouvoir quasi-discrétionnaire aux employeurs. Quant aux conventions collectives de travail (CCT), elles ne couvrent que 50% des salarié·e·s vaudois·e·s. Et certaines prévoient des salaires inférieurs à 23 francs par heure, qui ne permettent pas de vivre correctement.

Dans ce contexte, notre initiative est aussi une offensive en faveur de salaire dignes. Elle est d’autant plus urgente que l’inflation est de retour, que les salaires réels baissent et que le patronat multiplie les attaques contre nos conditions de vie: élévation de l’âge de la retraite des femmes (AVS 21), baisse des rentes versées par le 2e pilier (LPP 21), remise en cause des salaires minimaux cantonaux (motion Ettlin), etc.

L’initiative pour un salaire minimum cantonal n’est donc qu’un début. Elle doit servir comme point d’appui aux salarié·e·s pour faire pression et tirer l’ensemble des salaires vers le haut.

Que demandez-vous concrètement ?

Notre initiative a un double volet. Il y a d’abord une initiative constitutionnelle, qui propose d’inscrire le principe du salaire minimum dans la Constitution vaudoise.

Le second texte d’initiative propose d’instituer une nouvelle loi fixant un salaire minimum de 23 francs par heure, indexé automatiquement à l’Indice des prix à la consommation (IPC). Ce salaire minimum s’appliquera aussi aux secteurs couverts par des conventions collectives de travail (CCT) étendues. L’initiative prévoit aussi des sanctions pour les employeurs qui ne l’appliqueraient pas, des contrôles effectués en collaboration avec les commissions paritaires, ainsi qu’un rapport annuel portant sur l’application du salaire minimum.

Ces deux textes sont lancés par un comité unitaire composé de l’ensemble des partis de gauche et des syndicats. La Grève féministe, le Mouvement populaire des familles et l’Avivo nous soutiennent aussi.

Qui sont les principales personnes concernées?

Plus de 60% des personnes concernées sont des femmes, car elles travaillent souvent dans des secteurs caractérisés par des salaires structurellement plus bas. Par exemple la coiffure, le nettoyage de bureaux, les ménages privés ou l’hôtellerie-restauration, avec des salaires horaires souvent inférieurs à 23 francs. Ou le secteur sanitaire parapublic, où les dix premiers paliers de l’échelle salariale sont inférieurs à 23 francs par heure.

À cela s’ajoute le nombre important de femmes travaillant à temps partiel – 56% des salariées du canton, un taux qui monte à 69% pour les mères de famille. Précisons que ces temps partiels sont souvent involontaires: une femme sur huit se trouve en situation de sous-emploi:elles veulent augmenter leur taux d’activité mais ne le peuvent pas.

Conséquence: ces travailleuses touchent des salaires très bas – et, à la retraite, des rentes au rabais.

Elles sont donc très exposées à la pauvreté: 66% des bénéficiaires vaudois·e·s des prestations cantonales (PC) pour les familles dans le canton sont des femmes qui n’arrivent pas à couvrir les besoins de leur foyer.

L’autre catégorie fortement touchée par les bas salaires, ce sont les salarié·e·s immigré·e·s, en particulier lorsqu’ils ou elles sont originaires de pays hors Union européenne.

Des textes similaires sont entrés en vigueur dans le canton de Genève et Neuchâtel. Quel bilan peut-on tirer de leur application?

Il est très positif. Contrairement à ce qu’affirme la propagande patronale, il n’y a pas eu d’effet négatif sur l’emploi. Et des milliers de travailleuses et travailleurs – plus de 30 000 à Genève ! – ont vu leurs salaires augmenter, dont deux tiers de femmes.

Comment soutenir la récolte de signatures ?

Le délai est fixé au 12 septembre. Pour faire aboutir notre double initiative, il est important de la faire signer partout, y compris sur les lieux de travail. Pour cela, il est possible de télécharger la feuille de signatures sur notre site (www.salaire-minimum-vaud.ch).

Plusieurs fois par semaine, le comité unitaire organise des stands de récolte. Contactez-nous pour y participer !


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06.07.2023Initiatives pour un salaire minimum vaudoisPDF (355 kB)