EMS dans la tourmente

de: Journal Services Publics, interview

Dans les EMS, la pandémie accentue le sous-effectif. Le personnel est sous pression, la prise en charge des résident-e-s se dégrade. Questions à Vanessa Monney, secrétaire syndicale au SSP Vaud.

Quel est l’impact du Covid-19 sur les EMS vaudois ?
Vanessa Monney
– Les EMS sont fortement touchés. La plupart des institutions ont eu ou ont des résident-e-s contaminé-e-s. En comparaison à la première vague, le personnel est beaucoup plus souvent infecté. Les taux d’absence liés à la maladie sont inquiétants. Selon une enquête menée par Le Matin dimanche (22 novembre), il manque environ 12,8% des effectifs dans les EMS vaudois. Dans certaines institutions, la moitié du personnel soignant est malade. Cette situation rend la prise en charge des résident-e-s particulièrement difficile.

Quelles sont les conséquences de la directive vaudoise donnant une « prime », sous la forme de forfait, aux EMS qui acceptent de prendre en charge un-e patient-e atteint-e du Covid-19 ?
Dans certains cantons comme Bâle-Ville, la politique de dépistage du personnel et des résident-e-s en EMS est plus axée sur la prévention et les résident-e-s positifs-ives sont plus souvent hospitalisés lorsque la configuration de l’établissement ne permet pas un isolement adéquat. Dans le canton de Vaud, la politique de santé publique pousse au contraire à libérer des lits d’hôpitaux. Elle permet même l’admission de nouveaux résident-e-s positifs-ives au Covid-19 dans des EMS jusqu’ici préservés. Quand on sait à quel point il est difficile de contenir la diffusion du virus dans ces établissements, cette politique questionne. On constate d’ailleurs un taux de mortalité des plus de 80 ans plus élevé dans notre canton.

Avant la pandémie, le personnel dénonçait déjà des conditions de travail difficiles. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Nous dénonçons depuis longtemps le sous-effectif dans les EMS. Déjà en temps normal, le personnel est sous pression. Cela signifie qu’au moindre couac – et le coronavirus en est un, de taille – dans le système, il n’y a plus de marge en termes d’effectifs. Les institutions doivent alors faire appel à des intérimaires ou à d’autres types de renforts. Mais cela reste insuffisant.

Les conditions de travail et de salaire sont au plancher dans les EMS, ce qui rend difficile le recrutement de personnel qualifié. La protection civile est mobilisée, mais ses membres ne peuvent pas prodiguer de soins.

Quel est l’impact sur la prise en charge des patient-e-s ?
La pandémie est très difficile à vivre pour les résident-e-s des EMS, qui sont isolé-e-s de leur famille et même entre elles et eux. L’impact du manque d’effectifs est d’autant plus lourd dans les institutions fortement touchées par le Covid. Concrètement, cela se traduit par une réduction des activités proposées aux résident-e-s. La pénurie de personnel a aussi des conséquences négatives sur l’accompagnement quotidien des usagers et usagères (aide pour boire, pour manger, etc.), ainsi que sur les soins et la surveillance de personnes infectées – alors que leur état nécessiterait, au contraire, une attention accrue. Cette situation est très inquiétante.

Fin octobre, des centaines de soignant-e-s se sont mobilisé-e-s à Lausanne autour de quatre revendications: amélioration des conditions de travail et des salaires, augmentation des effectifs, revalorisation des salaires et octroi de primes Covid-19. Comment cette bataille se poursuit-elle ?
À la suite de cette mobilisation, des négociations ont été ouvertes au CHUV. Nous demandons cependant que les reconnaissances discutées dans ce cadre concernent l’ensemble du secteur de santé vaudois, car le personnel des hôpitaux régionaux, des EMS et des soins à domicile (CMS) est particulièrement mobilisé dans la lutte contre cette pandémie, parfois avec des moyens moindres.

Mardi 1er décembre, nous avons déposé à la Chancellerie une pétition de soutien à nos revendications, qui a réuni 7444signatures. Cela montre que le soutien populaire à nos demandes reste fort.

Le préavis de grève que nous avions déposé en octobre a temporairement été suspendu en raison de la crise sanitaire. Mais si nos revendications ne sont pas entendues et si aucun accord n’est trouvé d’ici là, la question de la grève sera rediscutée lors d’une assemblée générale du secteur parapublic. Celle-ci est agendée au 11 janvier prochain.

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