« Le personnel en a ras-le-bol »

de: Journal Services Publics

Véronique, soignante expérimentée, travaille dans un EMS du canton de Vaud. Le 5 novembre, elle descendra dans la rue pour exiger la fin d’une discrimination salariale subie depuis des années.

Les syndicats appellent à la mobilisation pour une revalorisation salariale dans le secteur parapublic. Concrètement, que représenterait cette augmentation pour vous ?

Véronique – Pour moi, la bascule vers la grille salariale de l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) représenterait plusieurs centaines de francs mensuels en plus. C’est aussi la correction d’une injustice qui dure depuis des années: pour le même travail, nous touchons un salaire inférieur à celui de nos collègues à l’HRC ou au CHUV.

Que répond la direction de votre EMS à cette demande?
Jusqu’à présent, elle nous a dit qu’elle attendait l’action de l’Etat. Or le Conseil d’Etat a déjà décidé que la grille de salaire de la CCT de l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC), plus favorable que celle de la convention en vigueur aujourd’hui (CCT san), sera la norme pour le secteur parapublic vaudois.

Pour les EMS, l’adaptation salariale aurait dû être effective dès le 1er septembre – pour les hôpitaux et les CMS, c’est prévu pour le 1er janvier 2020. Mais pour l’instant, rien n’a bougé ! Je pense que les directions veulent gagner du temps. Nous devons donc réagir pour faire valoir nos droits.

Est-ce que vous manifesterez le 5 novembre ?
Il n’est pas facile de mobiliser dans un EMS, en raison de nos horaires irréguliers. Mais chez nous, une majorité du personnel est motivée à bouger. Le 5 novembre, nous nous organiserons sur le lieu de travail, puis nous rendrons ensemble à Lausanne.

Un préavis de grève est déposé pour le 5 décembre. Arrêterez-vous le travail si les employeurs ne vous entendent pas ?
Faire grève implique beaucoup de travail et d’organisation. Dans les EMS, une autre difficulté s’ajoute: certain-e-s résident-e-s n’ont plus toute leur capacité de discernement. Il sera donc difficile, en cas de grève, de leur faire comprendre pourquoi ils/elles ne recevront pas la totalité des soins.

Je pense cependant que nous arrêterons le travail si les employeurs n’appliquent pas rapidement l’augmentation salariale. Car il y a un vrai ras-le-bol chez le personnel.

Pourquoi ce mécontentement ?
On exige de plus en plus de nous, sans rien donner en retour. Nous devons par exemple accompagner les auxiliaires de soins en formation, une responsabilité importante qui n’est rétribuée d’aucune manière.

Ces dernières années, la direction a coupé des postes dans toutes les équipes, y compris les soins.

En parallèle, l’établissement cherche les patient-e-s souffrant de pathologies lourdes, car ce sont ceux/celles qui rapportent le plus d’argent. Or le sous-effectif ne nous permet pas d’assurer correctement les soins pour ces résident-e-s.

Quelles sont les conséquences sur vos conditions de travail ?
Les jours de semaine, lorsqu’il y a des malades ou des absences – ce qui arrive souvent –, nous travaillons avec 30% de personnel en moins que la dotation normale. Nous nous occupons de patient-e-s âgé-e-s. Quand ils/elles appellent, nous devons répondre rapidement, sinon certain-e-s peuvent se mettre en danger.

Nous devons donc tout faire sous pression, au plus vite. Au détriment de la sécurité des résident-e-s, et de la nôtre.

On nous dit de faire attention, de respecter les procédures de déplacement pour ne pas nous blesser, mais comment faire si on manque de personnel ?

En conséquence, les absences pour cause de maladie explosent. Des nombreux/-euses collègues sont à l’arrêt car ils ont le dos, la main ou l’épaule bloqués. Plutôt que de chercher les causes de ces problèmes de santé, la direction a engagé une entreprise privée pour qu’elle téléphone aux gens malades, à la maison – afin de les mettre sous pression.

Des collègues démissionnent, car ils/elles ne supportent plus les conditions de travail. Nous réalisons un travail lourd, physiquement et psychiquement. Alors le faire dans un contexte pareil...

Le sous-effectif a-t-il un impact sur la prise en charge des résident-e-s ?
Oui. Le sous-effectif s’est installé lentement, il y a environ deux ans. Nous avons essayé de continuer à tout faire, mais cela devenait trop lourd et nous tombions malades les un-e-s après les autres. Afin de nous préserver, nous avons été obligé-e-s de faire l’impasse sur certaines tâches lourdes ou demandant beaucoup de temps. Cela se répercute sur la qualité des soins – et tout cela retombe sur les résident-e-s. Ces dernier/-ères le sentent, quand nous sommes au bout du rouleau. « Ça va à toute vitesse, vous êtes en train de courir dans les couloirs », nous disent certain-e-s. Les familles se plaignent aussi.

Mais nous n’avons pas le choix. Sinon, c’est notre organisme qui lâche et nous irons rejoindre la liste des malades – et/ou commencer à chercher ailleurs un travail mieux adapté.


Revalorisation SALARIALE: passer de la parole aux actes !

Au vu de l’enlisement des négociations avec les représentant-e-s des organisations patronales signataires de la Convention collective sanitaire parapublic vaudois, le personnel des EMS, soins à domicile et hôpitaux régionaux vaudois s’est réuni en assemblée générale le jeudi 3 octobre.

Il a constaté qu’au fil des mois, les représentant-e-s des faîtières patronales des EMS (Federems et Héviva), des soins à domicile (Avasad) et des hôpitaux régionaux (FHV) bloquent les négociations et ne respectent pas l’engagement pris: aller vers une bascule dans la nouvelle grille salariale de l’Hôpital Riviera-Chablais.

Les délégué-e-s des syndicats ont dû faire face à des tentatives de division des employeurs qui souhaitent augmenter certaines fonctions, mais pas toutes. Le personnel refuse d’entrer dans ce jeu. Les augmentations salariales doivent concerner tous les secteurs de la CCT: les soins, l’animation, mais aussi l’intendance et l’administratif.

Face à ce constat de blocage, le personnel a décidé à l’unanimité, moins trois absentions :

  • de se mobiliser dans tous les établissements du canton le mardi 5 novembre, en organisant des assemblées avec les collègues ;
  • de se rassembler le même jour dès 16 h 30 à la Place du Château de Lausanne devant le Grand Conseil ;
  • de voter un préavis de grève pour le mardi 5 décembre si aucun accord n’est trouvé d’ici là.

Depuis le vote de cette résolution, les négociations ont repris avec l’accompagnement du Département de la santé et de l’action sociale. Elles détermineront la concrétisation de la bascule vers la nouvelle grille salariale.

Vanessa Monney, SSP Région vaud

Bernard Krattinger, Fédération syndicale SUD

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