Les MNA ont droit à un accueil digne!

de: Timothée Alder, assistant social HES, délégué syndical à l’EVAM, et Letizia Pizzolato, secrétaire syndicale SSP

Les éducateurs de l’EVAM se mobilisent contre des suppressions de postes. Ils exigent des conditions d’accueil dignes pour les requérants d’asile mineurs non accompagnés (MNA).

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Certain-e-s requérant-e-s d’asile, séparé-e-s de leurs parents, ont déposé seul-e-s leur demande d’asile en Suisse. Dans le canton de Vaud, ces « Mineurs Non-Accompagnés » (MNA) sont hébergé-e-s au sein de quatre foyers spécifiques par l’Etablissement Vaudois d’Accueil des Migrants (EVAM). Depuis plusieurs années, les éducateurs/-trices de ces foyers, soutenu-e-s par le SSP, alertent la direction et le Conseil d’Etat sur les conditions d’accueil et de travail précaires qui y règnent. Ils dénoncent aujourd’hui des licenciements qui vont aggraver la situation.

Jeunes en souffrance

En 2015 puis en 2016, confronté à des arrivées en forte augmentation, l’EVAM a dû ouvrir en urgence trois foyers MNA et constituer des équipes éducatives au pied levé.

Le manque d’anticipation et la réticence à concéder des moyens, qui restent dramatiquement insuffisants, rendent le climat dans les foyers très instable. Les jeunes sont livrés à eux-mêmes, dans des lieux parfois à la limite de l’insalubrité, inadaptés à l’accueil de mineurs. Ce mal-être se transforme rapidement en souffrance. Celle-ci va s’exprimer avec violence, en 2016, par une vague de tentatives de suicide chez les MNA, et par de nombreux démissions et arrêts maladie chez les éducateurs/-trices.

Sur la corde raide

En 2017, la situation se stabilise avec la diminution du nombre d’arrivées de MNA. Les éducateurs/-trices et les enfants respirent, les équipes peuvent enfin réfléchir à la situation.

Le constat est sans appel. La dotation en personnel dans les foyers est insuffisante pour répondre aux besoins des enfants, malgré les ressources supplémentaires allouées par le Conseil d’Etat au début 2017. Ces ressources ne permettent pas la mise en œuvre de projets éducatifs, ni celle d’un encadrement adapté à des mineur-e-s en difficulté.

Les éducateur/-trices parent au plus urgent. Ou tentent de le faire. Les rotations au sein des équipes restent importantes, l’EVAM peine – et tarde – à engager. Les équipes des foyers, toujours sur la corde raide, tentent de maintenir un encadrement minimum.

Le couperet tombe

En février de cette année, la baisse du nombre de MNA ouvre la voie à des économies pour l’EVAM, qui décide de fermer un foyer. La mesure se traduira par onze suppressions de postes, dont sept éducateurs. C’est la logique économique qui domine: la direction de l’EVAM refuse de considérer le besoin de stabilité des enfants accueilli-e-s et de considérer l’impact de la fermeture sur les foyers restants, qui verront leurs effectifs remonter en flèche.

Pour l’EVAM et le Conseil d’Etat, un mineur se réduit à un coût dont on aimerait se passer. Pourtant, derrière les chiffres, il y a des enfants qui ont besoin d’aide.

Tous discriminés !

Les éducateurs/-trices en foyer MNA sont eux aussi victimes de discrimination: leurs salaires sont inférieurs aux normes prévues par la CCT Social. À ces inégalités s’ajoute une organisation complexe et hiérarchisée des foyers, qui provoque un retard de plusieurs semaines pour répondre aux besoins de base des MNA – fournitures scolaires, articles d’hygiène intime pour les jeunes filles, etc. Pour parer aux urgences, les équipes doivent trop souvent prendre sur elles.

Conséquence, l’EVAM peine à engager des professionnel-le-s formé-e-s. Et encore plus à les garder. Incertitudes, attentes et changements incessants ponctuent ainsi le quotidien des enfants accueillis.

Approche sécuritaire

Réduit-e-s au statut de requérants d’asile, les MNA sont soumis à un contrôle administratif intrusif. Objectif: éviter tout octroi erroné de prestations. Au risque de priver certains enfants de prestations essentielles.

L’encadrement se fait dans une perspective sécuritaire, avec la présence d’agents de sécurité équipés de gilets pare-lame et de spray au poivre, en lieu et place d’éducateurs/-trices ou de veilleurs/-euses, notamment la nuit ou le week-end. Aux yeux de nos dirigeant-e-s, les MNA ne sont plus des enfants à protéger, mais des individus dont il faut se protéger!

Que fait le SPJ ?

Ce n’est pas un hasard si l’accueil des MNA, comme l’ensemble de l’EVAM, dépend du Département de l’Economie, de l’Innovation et des Sports, aussi chargé du contrôle des séjours et de l’exécution des renvois forcés. On y retrouve la politique répressive à l’égard des requérants d’asile menée par le Service de la Population (SPOP). On s’interroge, en revanche, sur l’absence du Service de protection de la jeunesse (SPJ): sa mission semble ne pas s’étendre à ces enfants, qui ne sont plus considérés comme tels.

Au-delà de la sauvegarde des postes éducatifs, les éducateur/-trices et le SSP se mobilisent pour les droits et la dignité des MNA. Et défendent une vision humaniste du travail social.


Droits fondamentaux bafoués

La logique comptable appliquée par les autorités est incompatible avec la Convention relative aux droits de l’enfant. Ratifiée par la Suisse, celle-ci précise: « Les Etats parties s'engagent à respecter les droits qui sont énoncés dans la présente Convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction, sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou autre de l'enfant ou de ses parents ou représentants légaux (...) »

Le Conseil d’Etat assume pourtant, non sans cynisme, un traitement différencié pour les MNA: «S’il est vrai que [la dotation en éducateurs/trices ] peut être différente de celle prévalant dans certains foyers financés par le SPJ, les mission de ces foyers relevant de la politique socio-éducative (PSE) ne sont cependant pas les mêmes». Aux yeux de l’exécutif, ces enfants sont d’abord des requérants d’asile, ce qui justifierait une prise en charge inférieure, en qualité et en moyens, à celle des autres mineur-e-s.

Le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, également garanti par la Convention relative aux droits de l’enfant , est régulièrement bafoué. En guise de sanction, des mineur-e-s gravement atteint-e-s dans leur santé psychique sont placé-e-s dans des foyers pour adultes. Ils n’y bénéficient pas d’un encadrement adéquat et sont, parfois, confrontés à la violence d’adultes en souffrance.

Les assistant-e-s sociaux/-ales n’ont de cesse de répéter qu’une prise en charge adéquate de ces jeunes est impossible dans ces foyers pour adultes, en raison du manque de moyens à disposition.

Plusieurs enfants qui y ont été placés de force ont fugué et sont, depuis, portés disparus.


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