Le CHUV est dans les chiffres noirs, le personnel est dans le rouge !

de: David Gygax

Le CHUV vient de publier son rapport annuel pour 2016. Des résultats financiers meilleurs que ceux de l’année précédente. En 2016, le CHUV a ainsi réalisé un léger bénéfice alors que l’exercice précédent s’était soldé par une perte de plus de 20 millions de francs.

Comment ce résultat a-t-il été obtenu? La Direction générale le dit clairement (même s’il faut traduire le jargon managérial en termes clairs) en trois points:

1. «L’augmentation des effectifs se situe à 1,26% soit en dessous du taux de croissance de l’activité (4,7% de patients traités en plus)».

Traduction: c’est le personnel en place qui a absorbé la charge de travail supplémentaire. Sur le terrain, cela signifie une intensification du travail, des horaires de plus en plus serrés et épuisants et des plannings qui limitent le temps de repos. L’augmentation de l’activité s’est faite sur le dos du personnel et de sa santé.

2. «En comparaison avec d’autres domaines d’activités, le taux d’ancienneté moyenne au CHUV est relativement bas (8,3 ans)».

La Direction explique que c’est parce que le CHUV est une institution de formation. Une autre raison saute aux yeux si l’on observe les nombreux départs de personnel soignant: il est impossible de «tenir le coup» sur plusieurs années en raison de la pénibilité du travail. Une jeune infirmière expliquait récemment: «je suis là depuis moins de deux ans mais j’ai déjà envie de partir: à cause de mes horaires et de la fatigue, je n’ai plus de vie sociale et privée, j’ai l’impression de passer ma vie au CHUV et je n’ai aucune reconnaissance de mon travail et de mon engagement. En plus, ce que je fais ici ne correspond pas à ma façon de voir le métier et de concevoir la prise en charge des patients».

3. «Les mesures d’efficience prises dans les activités de support commencent à porter leurs fruits. Elles permettent de contenir l’augmentation du personnel administratif et logistique, favorisant ainsi le renforcement du personnel soignant».

C’est exact sur un point: le personnel administratif et logistique est de plus en plus limité. Les engagements nécessaires ne suivent pas. Cela se traduit par d’innombrables burn-outs. Cependant, réduire le personnel administratif ne fait pas augmenter mécaniquement le personnel soignant. La réalité du terrain dans les services de soins parle d’elle-même.

Tous ces constats, de plus en plus de salarié.e.s du CHUV les font. Des réactions, des résistances apparaissent dans plusieurs services. C’est la voie à suivre: échanger, s’organiser, contester ou refuser collectivement des dégradations des conditions de travail, exiger des engagements de personnel fixe, refuser les horaires qui épuisent, etc.

Le SSP soutient en ce moment des équipes qui résistent et se battent pour se défendre et défendre leurs patients. Car une chose est sûre: c’est bien le personnel du CHUV qui fait tourner la machine. Sans notre travail, rien ne marche.

Cette vérité ne figure pas dans le rapport annuel de la direction mais il faut s’en souvenir. Elle nous sera utile pour les batailles à venir.