Pour un vrai service public de l’enfance !

La crise sanitaire souligne la centralité de l’accueil extrafamilial pour notre société. Deux mesures s’imposent: la revalorisation des métiers de l’enfance et un financement public de ce secteur. La reprise doit se faire à pas comptés.

Après la décision du Conseil fédéral d’instaurer le semi-confinement, les autorités cantonales vaudoises ont réagi rapidement en mettant en place un « cadre de référence de crise ». Objectif: continuer à accueillir des enfants dont les parents sont en première ligne dans la lutte contre la pandémie, principalement les soignant-e-s.

UN CADRE CLAIR. Le canton a également fait fermer toutes les structures privées, nettement moins nombreuses que dans d’autres cantons. Le « cadre de crise » est clair: des groupes d’enfants réduits au maximum et l’augmentation du nombre de mètres carrés par enfant – d’autres mesures sanitaires, comme le port de masques ou la distanciation sociale, sont impossibles à mettre en place selon l’âge des enfants.

RISQUES AU TRAVAIL. L’application de ces décisions sur les lieux de travail a d’abord suscité un vent d’inquiétude chez le personnel de l’enfance. D’autant plus que l’accueil était désormais aussi ouvert à des enfants qui ne sont habituellement pas pris en charge par ces équipes – en raison des regroupements de structures, ou parce que les parents mobilisés sur leur lieu de travail n’avaient plus d’autre solution de garde. L’impossibilité de concrétiser certaines mesures sanitaires, combinée à une demande très rapide de flexibilité et de réorganisation, ont mis le personnel sous haute pression. Pourtant, ce dernier a su démontrer un grand professionnalisme dans la prise en charge des enfants – ce qui s’explique par sa bonne formation et son expérience du terrain. Un professionnalisme qui est cependant souvent remis en doute, et pour lequel la reconnaissance duquel le secteur se bat depuis plus de trente ans !

QUELLE REPRISE ? Pour ces raisons, la reprise progressive, dès le 27 avril, doit répondre aux mêmes exigences. Le SSP – Région Vaud a adressé une demande aux autorités pour que les réseaux continuent à appliquer le « cadre de crise », et que l’accueil des enfants n’ait lieu que si les deux parents doivent se rendre sur leur lieu de travail. Le personnel reconnu comme vulnérable doit continuer à rester à la maison, avec garantie de son salaire.

SITUATION CRITIQUE. En Suisse, une grande partie du financement des structures extrafamiliales repose sur la participation des parents. Dans le canton de Vaud, cette part privée se monte à plus de 40% de la facture. Les mesures prises par le canton ont ainsi vidé les structures d’accueil de leurs enfants, mais aussi d’une partie de leur financement! Ce manque-à-gagner met en grande difficulté financière aussi bien les structures elles-mêmes que les communes ou les réseaux d’accueil, qui devront combler les déficits à venir.

MÉTIERS À REVALORISER. La crise actuelle souligne la nécessité d’une revalorisation des métiers de l’enfance, une revendication portée depuis tant d’années par le groupe enfance du SSP – Région Vaud. Cela passe par une augmentation des salaires du personnel – qui, à formation égale, gagne nettement moins que dans d’autres secteurs majoritairement masculins. La revalorisation doit aussi passer par une formation adéquate, garantie de la qualité des prestations. « Bien plus que de la garde », ce slogan porté par les salarié-e-s de l’enfance n’a jamais autant été aussi juste qu’aujourd’hui !

La réorganisation rapide des structures, la prise en charge des enfants dans de bonnes conditions de sécurité physique et affective et le soutien aux familles doivent être reconnus à leur juste valeur !

FINANCEMENT PAR L’IMPÔT. Dans l’immédiat, la Confédération, les cantons et les communes doivent prendre, de toute urgence, des mesures financières pour sauver les places dans les structures d’accueil extrafamilial. Le Conseil d’Etat vaudois a annoncé une aide de 1,5 million de francs, visant à compenser les pertes financières. Cette somme fait partie du paquet prévu par le Conseil d’Etat pour pallier les effets de la pandémie. L’exécutif a aussi annoncé une avance dans la subvention versée à la Fondation pour l’accueil de jour des enfants, d’un montant d’environ 16 millions. Objectif: assurer des liquidités aux trente réseaux d’accueil de jour du canton.

Mais ce que cette crise illustre à merveille, c’est surtout la nécessité de concevoir les crèches et garderies comme un service public. Il est primordial qu’une réorganisation du financement du secteur se mette en place rapidement.

Comme pour d’autres secteurs publics, celle-ci devrait passer par les impôts, garantissant ainsi sa pérennité et sa qualité.